Les propositions du rapport Attali pour la recherche française
Reçu ce matin dans ma BAL du LIRMM … si ça vous intéresse …
ll est nécessaire de “rendre” la recherche française “plus compétitive”. C’est la principale conclusion, en matière de recherche, du pré-rapport de la commission Attali pour la rénovation de la croissance, révélé par “Les Échos” vendredi 18 janvier 2008. Ce rapport sera remis à Nicolas Sarkozy mercredi 23 janvier 2008. L’ensemble des 314 “décisions” préconisées devront être mises en place entre avril 2008 et juin 2009, précise la commission. Voici les principaux éléments de ce document, s’agissant de la recherche.
CNRS. “Seuls les laboratoires stratégiques au plan international (les grandes plateformes en particulier), définis après avis d’un comité composé exclusivement de très grands spécialistes étrangers, resteront des instituts du CNRS”, celui-ci devant “limiter le nombre de ses unités mixtes” et se recentrer sur “ses unités propres”.
ANR. Il faut “financer davantage la recherche publique sur projet et à la performance”. L’ANR doit “renforcer sa fonction d’agence de moyens afin de définir et de conduire des grands projets à court terme (3 ans)”. Et les projets “doivent être financés à coûts complets, contrairement aux pratiques actuelles”.
ORGANISMES PLURIDISCIPLINAIRES. Parallèlement, il faut “renforcer les principaux organismes de recherche pluridisciplinaires” et “spécialisés” disposant de “grands équipements” (CEA, Inra, Inserm et Ined). Dans ce cadre, il faut notamment “organiser des financements incitatifs pour les grands projets ou les financements communautaires”. Ainsi, “l’ensemble des unités de recherche” (des EPST) et des “unités d’enseignement et de recherche (dans les universités) doivent pouvoir être financées pour une partie significative de leur budget à partir de ces financements innovants”.
SECTEUR PRIVÉ. Par ailleurs, il convient de “rapprocher le fonctionnement de tous les établissements publics de recherche des meilleures pratiques du secteur privé (évaluation, promotion, mobilité, etc., flexibilité de fonctionnement)”.
AGENCES SPÉCIALISÉES. Le rapport propose aussi qu’une fois des “pôles universitaires pluridisciplinaires en place (L’AEF n°90201), le schéma souhaitable sera constitué d’agences spécialisées par grands thèmes conjuguant le rôle d’agence de financement pour des équipes universitaires externes, sur appels d’offres, et le support de ses laboratoires propres, sur les modèles des États-Unis, comme de la Grande-Bretagne”.
ENSEIGNANT-CHERCHEUR. Le rapport préconise de “réformer le statut d’enseignant-chercheur”. Il faudrait “recruter et financer (salaires, frais de fonctionnement et équipement) tous les nouveaux chercheurs sur des contrats de 4 ans”. À l’issue de cette période, “une évaluation décidera si son projet pourra être prolongé. Aucun chercheur ne devra bénéficier de plus de deux (ou exceptionnellement, trois) contrats de 4 ans successifs.” Il faut aussi “attirer, conserver et promouvoir les meilleurs chercheurs par un niveau plus attractif de salaire”.
CHERCHEUR. Autre proposition: “simplifier les dispositifs de rémunération complémentaire sur contrats des chercheurs du secteur public, moduler les obligations de service des enseignants-chercheurs en fonction de leur activité de valorisation de la recherche”.
VALORISATION. En outre, il faut “imposer aux établissements et organismes de recherche de consacrer à la valorisation de la recherche 10% de leur budget récurrent, pour les amener à apporter la preuve du concept de leurs innovations”.
RECHERCHE PRIVÉE. Pour développer “la recherche privée”, il convient d’ “ouvrir les conseils des écoles doctorales à des représentants d’entreprises intéressées” et “focaliser les relations entre secteurs publics et privés dans les pôles de compétitivité”. Le rapport propose aussi de “simplifier les dispositifs d’allégement des charges qui, en pratique, imposent des conditions d’éligibilité restrictives” et “ne servent que les ‘jeunes entreprises innovantes’ du secteur des services aux entreprises, au détriment des entreprises industrielles”.
Les propositions du rapport Attali pour l’enseignement supérieur
La commission Attali préconise la création de 10 campus d’excellence qui regrouperaient, sur un même site, des universités, des grandes écoles et des organismes de recherche, “sous gouvernance unique”. C’est la principale “décision” pour l’enseignement supérieur du pré-rapport de la commission Attali pour la rénovation de la croissance, révélé par “Les Échos” vendredi 18 janvier 2008, et que l’AEF s’est procuré. Il sera remis à Nicolas Sarkozy mercredi 23 janvier 2008.
CRÉATION DE 10 PÔLES. Dix PUP (pôles universitaires pluridisciplinaires) seront choisis par “appel d’offres”, afin de devenir de vrais “moteurs de l’innovation”. La France “n’a pas les moyens d’en avoir plus de cette taille et de cette ambition”. Ces PUP organiseront des synergies avec les grands établissements de recherche, et permettront “l’intégration juridique” des UMR (unités mixtes de recherche). Ils seront dotés de logements, de bibliothèques, de terrains de sports et d’hôtels pour accueillir professeurs, chercheurs et étudiants. Ces campus devront mettre leurs cours en ligne et organiser des séminaires pour les entreprises. Ils cohabiteront avec des universités à vocation nationale ou régionale, qui délivreront un enseignement “de proximité”, jusqu’à la licence.
Le coût des 10 campus est estimé à 10 milliards d’euros (à engager sur 7 ans), avec une part de financement privé qui pourrait atteindre 80%. Les coûts de fonctionnement annuels s’élèveraient ensuite à 700 millions d’euros. Les modalités de rapprochement des acteurs des 10 pôles pourraient se négocier dès 2008. Des partenariats public-privé pourraient intervenir dès le printemps 2009, tandis que les investissements immobiliers pourraient être financés par la CDC.
GOUVERNANCE. “Malgré la réforme de l’été 2007, les universités ne sont pas encore assez autonomes ni capables de prendre les décisions les plus stratégiques”, déplore la commission. Il faut donc des CA encore plus restreints, et une autonomie encore plus large en terme de recrutement et de rémunérations. De plus, les présidents d’université doivent être contrôlés par des “comités académiques”. Trois critères doivent être pris en compte pour évaluer un établissement et fixer sa subvention publique: le succès des étudiants, l’ouverture du processus de recrutement des maîtres de conférences et les critères de promotion au grade de professeur. L’Aeres devra poursuivre sa mission et informer les étudiants des “taux de succès sur trois ans” de leurs filières. Elle devra aussi mesurer “le bon emploi des ressources allouées” et faire “évaluer les enseignants par les étudiants”. “La création d’agences concurrentes d’évaluation devra aussi être encouragée.”
FINANCEMENT. Le budget alloué aux universités françaises doit augmenter, afin d’atteindre les standards européens. “Il faudrait ainsi une hausse de 800 millions d’euros pour atteindre la moyenne de l’OCDE”, écrit la commission. Le financement public devra distinguer les dotations “de base” et celles visant à “récompenser les universités ayant les meilleurs résultats”. L’université doit aussi développer les financements privés, auprès des entreprises et des anciens élèves. Elle devra ainsi mettre en place des associations d’anciens. Cependant, les frais de scolarité “doivent rester inchangés”.
ÉCOLES. Le rapport préconise de passer progressivement de 12 500 à 25 00 étudiants à ParisTech, et de quadrupler les promotions des ENS, de Polytechnique et de “quelques autres” écoles qui s’inscriront dans les 10 grands pôles.
LICENCE. La commission propose de donner aux étudiants de licence un encadrement équivalent à celui des CPGE. Les universités devront généraliser le système de tutorat, et valoriser l’engagement de ces tuteurs sous forme de crédits ECTS, ou sous forme monétaire. De plus, les universités devraient instaurer une année de “remise à niveau” pour les étudiants qui les rejoignent.
STAGES. Une année de stage, en France ou à l’étranger, doit être introduite dans tous les cursus. Elle pourrait être validée comme année universitaire au cours du “cursus de maîtrise”, “sur le modèle de la plupart des grandes écoles”. Le rapport suggère aussi de mieux organiser avec les entreprises de la région les bourses d’emploi et de stages pour les étudiants.