Salaire d’un enseignant-chercheur
fév 02, 2008 I Thèse.Savez-vous combien gagne un enseignant-chercheur ? Vous allez rire:
| Traitement | Maîtres de conférences (M.C.F.) | Professeurs des universités (P.R.) |
| début de carrière | 1 991 € | 2 888 € |
| après 2 ans | 2 242 € | 3 222 € |
| dernier échelon de la classe normale (MCF) ou de la première classe (PR) | 3 604 € | 5 112 € |
| fin de carrière | 4 229 € | 5 798 € |
source: Ministère de l’Education Nationale (ils n’ont même pas honte de le dire, ben dis donc …)
Faire 5 ans d’école de commerce (2 ans de prépa et 3 ans d’école à proprement parler) vous amène à un premier salaire de 3k …. Alors oui, je paye 400 euros mon année contre 5K dans les Sup’de’Co mais s’il n’y a que ça, j’veux bien payer 5K par année de thèse … mais faites péter le salaire ensuite…
Bon, il faut nuancer, c’est vrai. Le salaire donné plus haut se voit adjoindre des primes:
- une prime de recherche et d’enseignement supérieur: 1 176 €
- une prime d’encadrement doctoral et de recherche
- 3 359 € pour un maître de conférences,
- 4 852 € pour un professeur de deuxième classe,
- 6 343 € pour un professeur de première classe ou de classe exceptionnelle.
- une prime de charges administratives ou d’administration: 2 019 €,
- une prime de responsabilités pédagogiques: de 456 € à 3 530 €
Alors certes, ça peut sembler beaucoup si on additionne mais ça fait une charge de travail MONSTRUEUSE ! Pour y voir plus clair, la page adéquate de l’Université de Nice est plus clair:
- Le salaire brut annuel d’un maître de conférences est de 26 000 euros en début de carrière.
- Le salaire brut annuel d’un professeur d’université est de 33 000 euros en début de carrière
Larry Says:
En meme temps c’est le public mon petit.
Faire chercheur (apres un doctorat donc) dans la privee ca doit gagner bien mieux.
Et parce que tu crois qu’un ingenieur ou un gars sortant d’une ecole de commerce, ca bosse 35h apres? Avec les responsabilites, les heures sup, les deadlines, les clients chiants, …
fév 02, 2008, 9:17C’est pas non plus paye des fortunes (32,000 euros brut pour un ingenieur). C’est la France, le tout social, l’assistanat, le on en fait moins et on en veut toujours plus, le on veut rien reformer (les universites). Quand je vois qu’aux US les profs peuvent contracter directement avec des boites, peuvent faire du consulting, … (peuvent passer des contrats avec le DoD pour plusieurs Millions de dollars par exemple, qui revient a leur labo, a leur uni).
Aller faisant la greve contre les reformes, youpi, ca fera des heures de cours en moins et peut-etre qu’a la fin de l’annee on ne le donnera notre diplome! […]
La bourse de l’etat n’est pas extensible a souhait. Faut apprendre a se debrouiller, se vendre. Le merite, c’est ca qu’il manque dans le public en France.
peter Says:
“Le merite, c’est ca qu’il manque dans le public en France.”
Je suis d’accord.
“Et parce que tu crois qu’un ingenieur ou un gars sortant d’une ecole de commerce, ca bosse 35h apres? ”
là je laule. J’veux pas être méchant/condescendant mais un enseignant/chercheur, ça fait UN PETIT PEU PLUS que 35h par semaine
Pour les ingé à 32k, je dis pas, mais je parlais surtout des écoles de commerce
Et puis un ingé, ça fait pas 8 ans d’études
Le mérite, je suis totalement pour … mais il faut que ce soit rétribuer en conséquence, c’est tout
fév 02, 2008, 10:50totof Says:
Si le salaire d cherheurs est si faible en France, c’est qu’on a la facheuse tendance à valoriser ce qui rapporte de l’argent rapidement…
La recherche est utile, mais à court terme ça coute plus que ce que cela ne rapporte et un mandat présidentiel ne dure que 5 ans.
fév 02, 2008, 10:35peter Says:
totof > pas vraiment en fait. Si les salaires des chercheurs sont si faibles, c’est d’une part parce que les chercheurs sont des fonctionnaires (je parle de la recherche publique bien sûr) et d’autre part pour “s’assurer” que les candidats ne sont pas intéressés par l’argent
La beauté de la recherche française
Je suis à moitié ironique, c’est un système qui a de grands avantages: honnêteté des chercheurs (comparé aux USA), financement “plus facile” (en général) à obtenir, pas de (grosses) jalousies …. ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain
fév 02, 2008, 11:03Manu Says:
Hey mon pote, bienvenue en France !
Mais crois-moi une sup de co c’est pas 5k, c’est au moins 7k voir 8k même !
en plus de tous les stages que tu dois te coltiner à l’étranger, on est proche des 10k / annnée !
Donc bon ça intérêt à payer ensuite !
Mais bon, nous on ne pourra jamais greffer sur notre CV, “Docteur” ou “Phd”. A chacun son mérite ! =)
fév 02, 2008, 11:16peter Says:
ouais, mais tout le monde ne fait pas la même école que toi
SupDeCo Montpellier c’est entre 5 et 6k.
Pour les stages, rien n’est pris en charge par l’école de commerce ou par l’école accueillante ?
D’ailleurs, ESSEC ou ESC-P (Paris, pas Pau
), c’est combien ? + ou - de 10k ? 
fév 02, 2008, 6:56Sako Says:
hey , si on réfléchit un peu : le chercheur, il passe tellement de temps à travailler qu’ il n’ a pas le temps de dépenser : donc pas besoin de grand salaire : lol
fév 02, 2008, 11:12Sako Says:

fév 02, 2008, 11:13peter Says:
Sako > sniff … t’as presque pas tort ….
fév 02, 2008, 12:21peter (pas celui du blog) Says:
pac que ils fot rien les MCF 192h par an c’est rien ça
fév 02, 2008, 2:52peter Says:
peter (pas celui du blog) > je ne sais pas si c’est ironique ou pas mais en tant que moniteur, avec mes 68h par an, y a des semaines pas faciles du tout, surtout en période d’exams ….
Un examen de 3h, ça dure 3h pour un étudiant, ça dure 3h de préparation + 3h de surveillance + 3 à 6h de correction (pour un module de 20 étudiants) ….
Multiplier par le nombre de module et/ou le nombre de niveaux et on comprend que prof, c’est mal payé.
fév 02, 2008, 3:30Marc Israël Levin Says:
Cher petit monsieur,
Exerce-t-on un contrôle sur les activités d’enseignement des maîtres de conférences ? Savez-vous combien il y en a qui débitent des sornettes ? Que veut dire “ça fait une charge de travail monstrueuse” ? 6 heures d’enseignements par semaine ? Une centaine de copies à corriger trois fois par an ? Le type qui fait des cours d’histoire de l’art ou de latin, n’allez pas remettre la vieille rengaine comme quoi il faut préparer ses cours… Curieusement, les profs arrivent toujours à la fac en dernière minute et repartent aussitôt parce qu’ils ont “un train à prendre”. Il y en a qui semestrialisent leur cours et s’occupent d’autre chose lors du semestre libre. Ils se plaignent de crouler sous le boulot, mais cela ne les empêche pas de mettre du beurre dans les épinards dans des boîtes à bac ou des établissements privés.
Je ne vois pas de quoi vous plaignez : qui vous a empêché d’intégrer une bonne (je dis bien une bonne, parce qu’il faut énormément travailler pour en intégrer une : vous n’achetez pas votre billet d’entrée grâce à vos droits d’inscriptions, en effet, élevés) école de commerce et d’embrasser une carrière dans le privé ? Savez-vous ce que veut dire une responsabilité, une angoisse permanente, la concurrence, la culture du résultat, la remise en question quotidienne ? Savez-vous ce que représentent des semaines de 80 à 90 heures de travail ?
L’université française nous faite honte devant le reste du monde. Savez-vous quelle est notre place dans les palmarès des établissements d’études supérieures ? En plus de notre système sans sélection à l’entrée, qui fait que les profs n’ont pas le temps pour les étudiants et ceux-ci sont assis par terre, nous le devons également aux gens comme vous, revendicatifs, fainéants, complètement déconnectés de la vie réelle (dès qu’on veut rapprocher le monde universitaire de celui des entreprises, vous criez au loup : mais vous, fonctionnaire, garantissez-vous un emploi à vos centaines d’étudiants, si vous devenez enseignant ?), prêts à en découdre pour défendre leurs avantages acquis et se fichant comme d’une guigne des perspectives d’avenir des jeunes qu’ils sont censés cornaquer mais qu’ils méprisent.
Je suis convaincu que les maîtres de conférences et les professeurs des universités ne devraient pas relever de la fonction publique. Il faudrait adopter le système nord-américain, où ce sont les facs qui recrutent les profs et se battent pour attirer les meilleurs éléments.
Je vous souhaite bonne chance dans vos activités professionnelles mais je trouve que le tableau ci-dessus est sans intérêt. Vu l’incurie et la mauvaise volonté de bien des maîtres de conférences, je pense que leur salaire devrait être divisé par 2.
fév 02, 2008, 9:20Ah tiens, j’ai des lecteurs :) at Teriiehina.net Says:
[…] En réponse à ce billet, un lecteur m’écrit le long commentaire suivant que je viens juste d’approuver car je ne l’avais pas vu, bien caché qu’il était dans la file de modération. Je vous livre l’intégralité, pour ne pas être accuser de manipulation […]
fév 02, 2008, 1:56MCf Says:
Je vous trouve bien radical …
Et c’est aussi très francais, cette tendance à Généraliser …
Dur Dur d’entendre ce genre de lieu commun lorsqu’on est passionné par son métier, et que l’on ne compte pas son temps pour livrer à ses étudiants un cours de qualité, et etre sur que le message que l’on va faire passer leur sera utile dans leur métier futur.
J’enseigne dans une école d’ingénieur (publique) et j’ai du mal à entendre des phrase idiote du style ” les enseignant sont déconnectées de la vie réèllle”. Notre indicateur à nous c’est le taux de placement de nos étudiants en CDI dans les entreprise à 3, 6 et 1 an après l’obtention de leur diplome; si ca ce n’est pas etre connecté à la vie réelle…
Par ailleurs à ceux qui diront ” 192 d’enseignement ce n’est rien” ; sachez que pour u1 heure de présentiel devant l’étudiant, c’est 5 heure de préparation MINIMUM… a cela s’ajoute les charges administratives toujours plus pesantes, les heures de tutorat d’etudiants nom comptabilisées dans la charge;
sans compter que bien des enseignant ne s’en tiennent pas à leur 192 heurese contractuelle et font jusqu’à 2 fois cette charges parce que la politique de recrutement laisse a désirer ! et quand notre cher président nous promet ” travailler plus pour gagner plus”, je crois qu’il a oublié les enseignant chercheur. pour certains enseignant, les Heusres sup faites il y à 3 an n’ont toujours pas été payées !!
alors, oui vous avez raison quand on choisi ce genre de carrière et qu’on à l’immense privilège d’y accéder, on ne le fais pas pour l’argent et on a une vraie vocations;
fév 02, 2008, 11:36oui on jouit aussi d’une certaine liberté dans l’exercice de notre métier, le choix de nos thématiques de recherche et il ne faut pas en abuser et rester connecté à la réalité …
ceci étant dit, au bout d’un certain moment, lorsqu’on manque de réconnaissance aussi bien financière que non financière (ke veux parler de ce genre d’ineptie et de cliché tels que ceux que l’on peut lire dans certains temoignages), et bien je peux comprendre que certains enseignants se décourage et s’en tienne au bout de 30 an au minimum syndicale…
C’est tout l’effet pervers du système…
Sans compter que d’ici peu de temps , plus aucun candidat de valeur, ne se présentera aux concours , c’est un cercle vicieux dont il faut sortir et une des solution est la reconnaissance financière car cela reste malheusuement une des grande valeurs de nos société …
Marc Israël Levin Says:
Cher MCf,
Probablement, vous avez été admis à vos concours pour des talents cachés. Votre l’orthographe est effrayante. Si je pouvais, je vous sanctionnerais lourdement. N’avez-vous pas honte de vous ridiculiser ainsi devant vos élèves ?
Quant aux heures de préparation qu’exige une heure de cours, je vous renvoie à ce que j’ai écrit à propos des profs de latin.
Quant aux heures supplémentaires, je trouve que c’est une honte qu’elles soient payées en cas de fonctionnaires de catégorie A. Les cadres supérieurs, se font-ils payer les heures supplémentaires ? Les juristes effectuant un travail de responsabilité dans les ministères, connaissent-ils vos heures supplémentaires ?
Votre esprit de corporatisme, arc-bouté sur les avantages acquis, et votre côté revendicatif m’écoeurent. Vivement la privatisation de votre école !
fév 02, 2008, 4:07peter Says:
Ok ok, bon on va faire court: on change de sujet et on se calme, surtout “Marc”.
“Marc”, créez-toi un blog, (over-blog.com, blogger.com), pointe vers ce billet et dit tout le mal que tu penses, sur ce sujet et sur les autres, mais plus de commentaires comme ça.
Ici c’est chez moi et les gamins comme toi, j’en ai suffisamment en cours, alors va te défouler ailleurs avant de ramasser un coup de pied au cul…
Petit crétin écervelé.
fév 02, 2008, 5:07smile like you mean it :) Says:
Over-blog c’est trop bien pour lui c’est vrai quoi j’y suis moi sur over-blog ,le bac à sable c’est mieux dans son cas…
fév 02, 2008, 4:07MCf Says:
Ok ok …
Je me doutais de cette réaction…car j’ai commis l’erreur de ne relire mon post qu’après l’avoir soumis…
Mais votre réaction Marc est à la hauteur de votre “ouverture d’esprit”…
Si c’est là la seule réponse à mes arguments alors ils sont bien maigres !!
Je ne comprend pas cette agressivité et cet faculté à juger aussi vite un monde que visiblement vous méconnaissez TOTALEMENT…
Je réagirais simplement sur un point : quand je parle Heures Supplémentaires, j’évoquais le temps passé devant l’étudiant..
Je ne compte pas bien sur les multiples soirées et heures du week-end passées devant l’ordinateur qui elles ne sont bien sur par comptabilisées.
Certe un cadre du privé ne se fait pas payer ses Heures sup mais son salaire de base n’est pas le même non plus …
J’arrête là le débat du moins avec vous, car apparemment c’est une perte de temps !!
fév 02, 2008, 3:40Je m’en vais de ce pas, travailler à peaufiner mes cours pour mes étudiants qui eux m’apportent la reconnaissance que je pense (peut être à tort me direz vous) mériter (au moins un peu)
Greg Says:
Bonjour à tous,
Il me semble que l’on oublie ceux qui ont un statut de professeur associé dans certaines écoles et qui cumulent une rémunération d’enseignant-chercheur d’un côté et d’une activité professionnelle de l’autre.
fév 02, 2008, 12:33Pour bien connaître cela, je suis au regret de vous dire que le cumul dépasse de “beaucoup” le salaire d’un diplômé d’école, que ce soit ingénieur ou commerce, et cela est un bon moyen de rester connecter à la vie des entreprises ne serait-ce que pour des problèmes de timing qui différent largement entre la sphère public et privé.
fafa Says:
salut, je voudrais m’adresser à celui qui pense qu’on devrait diviser le saliare des mcu par 2, il faudrait peut être mieux connaitre la profession: mcu= enseignant chercheur, donc le mcu lorsqu’il ne donne pas de cours , il fait de la recherche, car l’evolution de sa carrière est fonction uniquement de ses publications et non de l’enseignement.
fév 02, 2008, 5:13Julie Says:
ouaou je recherchais le salaire des chercheurs… car j’arrive en fin de M2, en stage, et mes 60heures minimum par semaine (… et je ne compte pas le boulot du week end) me fatiguent énormément et me coupe de toute vie sociale.
et ya un con sur le site qui ne comprend rien…celui qui croit que 6h de cours par semaine c’est le seul boulot des maîtres de conf.
fév 02, 2008, 7:54putain c’est vrai de quoi je plaints??? lol il ne sait pas parler la France celui la
C’est vrai merde, c’est moi qui ai choisi cette filière, putain que je suis conne, j’aurai du regarder les salaires avant de commencer mes études! Putain bah oui, tout le monde sur la planète devrait avoir envie de faire le boulot qui rapporte le plus, si seulement tout le monde était intelligent comme lui ! il n’y aurait aucun problème comme ca !on devrait tous vendre! les matériaux, les biens, les services, la santé, l’enseignement, le droit, les gens… bien qu’on aurait du mal a vendre des cons comme lui. A bas le service public! Vive le monde pourri du capitalisme et de la connerie.
Sait il ce que signifie risques d’hygiène et sécurité ? Stress permanent ? Apprentissage de l’échec ? Remise en question quotidienne ? Analyse ? Synthèse ? Rédaction ? Concurrence ? Sait il ce que représente 4 jours de boulot réservés au synchrotron de Grenoble ?
Oui c’est sur, si les chercheurs ont choisi d’etre mal payé, si de toute façon ils doivent etre heureux pcq c’est une passion et pas un travail, alors quiconque est heureux ou passionné par son boulot ne devrait pas ou a peine dépasser le SMIC. Voila une loi qui plairai aux capitalistes au nom qui sent la merde.
Marc, NTM
Ciao les autres et on va apprendre a savoir chanter pour changer notre lot quotidien, ca suffit d’entendre ca de nous, nous devons changer ca.
peter Says:
Julie > j’ose espérer avoir été utile dans ce cas. Sinon, ne t’emballe pas, il y a des cons partout

fév 02, 2008, 11:43par contre, depuis, j’ai été mis au courant que la thèse avait une très forte valeur ajoutée dans le secteur privé. à creuser donc
gauthier Says:
Ce mark-israel Levin ne comprend tellement rien au système, et a l’air tellement aigri contre les MC qu’on peut certainement en conclure qu’il a raté le concours.
fév 02, 2008, 4:45Albin Wagener Says:
Bonjour à tous,
J’ai lu les propos absolument affligeants de Marc Israël Levin, et je sais que j’arrive plusieurs mois après la bataille, mais je me dis que ce monsieur n’a pas dû aimer l’école quand il était petit.
On ne peut pas couper ce problème du contexte politique actuel : on a d’un côté un gouvernement qui veut réformer (se débarrasser plus ou moins du “fardeau” universitaire français plutôt que de le lancer sur les rails de la libre concurrence en le préparant réellement à ce qui l’attend) d’un côté, et de l’autre, c’est vrai, un esprit parfois over-corporatiste de la part de certains enseignants-chercheurs, tout ça mélangé avec un bon zeste d’opinion publique. Une opinion publique qui souvent, par méconnaissance, prend les enseignants-chercheurs pour des branquignoles (ben oui, parce que fonctionnaires), tout simplement parce qu’on en est encore à cette bonne vieille dichotomie bien franco-française du “travailler dans le privé c’est du vrai travail, travailler dans le public c’est pas du travail”.
Plusieurs choses à dire : déjà, la réaction de Marc Israël Levin m’a consterné. Consterné par sa profonde méconnaissance du sujet, déjà, consterné par cette espèce de pâle copie de discours sarkozyste à la petite semaine ensuite. La voix de son maître, en quelque sorte. Ce que j’aimerais rappeler, c’est que même si les universités françaises sont bien mal classées dans le monde, le CNRS voit se bousculer à sa porte des chercheurs du monde entier, et ce chaque année. Pourquoi ?
Parce que les classements des meilleures universités dans le monde sont établis en fonction de critères avant tout économiques. Ok, il y a le positionnement des étudiants qui en sortent, mais également la viabilité financière des politiques de recherche. Mais pour information, il faut savoir que : 1) le système universitaire américain, pourtant en tête, n’est accessible qu’à une petite partie de la population qui doit avoir les moyens de payer lourdement pour accéder à un Ph.D. ; 2) les laboratoires de recherche aux USA ne disposent d’aucune liberté et sont soumis au bon vouloir des subsides entrepreneuriaux qui peuvent être un moteur dans un domaine précis, mais un frein dans bien d’autres domaines. Je m’explique : quand vous regardez l’architecture d’un labo aux USA, le directeur du labo fait une chose et… oh bizarrerie ! ses vingt chercheurs font exactement la même chose.
Alors évidemment, lorsqu’il s’agit de projets économiquement viables, ça va très vite et très loin. Je ne dis pas que tous les projets économiquement viables sont mauvais, attention : je dis simplement qu’on oublie beaucoup d’autres choses. Je viens d’obtenir mon doctorat en sciences du langage, et en gros, si je veux aller travailler aux USA ou au Canada, je dois faire de la linguistique computationnelle (recherche sur des logiciels, TAL, langages informatiques, etc.). C’est pas mon sujet. Dommage non ? Si je veux travailler dans mon domaine (conflits interculturels, qui pourtant se multiplient !), je n’ai plus que 2% d’universités américaines comme employeurs potentiels.
Ce qui nous amène à la popularité du CNRS. Ok, le CNRS n’est pas une université et donc n’apparaît jamais dans les classements de recherche : mais pourtant, cet organisme est reconnu mondialement (et j’insiste là-dessus). Une grosse louchée de chercheurs de réputation internationale passent leur deuxième moitié de carrière au CNRS ou en étant affilié à un de ses labos. Pourquoi ? Parce que la majorité des recherches françaises se passent ici, à l’abri de toute dictature du marché, et qu’on y dispose encore d’une relative liberté de recherche. Et quand on parle de recherche, de science, c’est bien de liberté et d’intuition qu’il est question. Croyez-vous que des hommes comme De Vinci ou Einstein aient été aussi prolifiques s’ils avaient été restreints dans leurs possibilités scientifiques ? J’en doute fort. Et c’est avec des gens comme ça qu’on fait avancer les sociétés humaines, pas avec des suiveurs.
Alors personnellement, même si je pourrais obtenir un salaire infiniment meilleur en faisant quelque chose que je n’aime pas, je préfère gagner moins et faire un métier qui me passionne. Parce que personne nous oblige à faire de la recherche, mais personne ne vous oblige non plus à faire un métier de commerce, stressant, avec soi-disant 90 heures de travail par mois. Si ça ne vous convient pas et si ça vous fait jalouser vos collègues fainéants du public, je vous suggère fortement de changer de travail. Ou de changer de pays.
En attendant, je rappelle pour mémoire qu’un enseignant-chercheur, s’il est vraiment passionné, ne compte pas ses heures. Quand on travaille sur un article ou une recherche, je peux vous dire qu’on peut passer un week-end dessus (et on connaît tous ça). Pas parce que quelqu’un nous y oblige, mais par passion. Et effectivement, préparer un cours demande du travail, tout comme les corrections de copie. J’ajoute à cela les réunions de labo, la mise en place de projets parallèle qui demandent forcément du temps (et heureusement d’ialleurs), les taches administratives qui grignotent du temps de recherche de façon chronophage, et aussi bien évidemment l’accompagnement des étudiants (heures de permanence, suivi de dossiers, de mémoire, de thèses). Alors avec tout ça, quand j’entends qu’en France, les universitaires ne foutent rien, ça me fait bien rire. Bien rire pourquoi ? Parce que la bêtise de ceux qui disent ça n’a d’égale que leur profonde ignorance d’un monde qu’ils croient pourtant connaître, avec pour seules bases des poncifs d’un autre âge.
fév 02, 2008, 11:04